_ Le sommeil et ses secrets
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Le sommeil polyphasique



  • Qui a besoin de sommeil ?


  • S’il existait un moyen de réduire la quantité de sommeil (en utilisant un oreiller en sarrasin ou pas) qui nous est nécessaire, y auriez-vous recours ? Pour la plupart d’entre nous, cette décision parait évidente : moins de sommeil signifie un allongement de nos journées, donc davantage de temps pour travailler, pour jouer… Que souhaiter de mieux ? Ces dernières années, cette conviction – que les heures actives ont plus de valeur que celles où l’on se repose – a nourri une culture compétitive basée sur la privation de sommeil. Les personnalités publiques telles que les PDG, les politiciens et autre “people” brandissent généralement leur abstinence de sommeil comme une insigne honorifique, se faisant les porte paroles de Thomas Edison qui déclara que le sommeil n’est rien d’autre qu’une “perte de temps”. Pourtant, à moins d’être programmé génétiquement “petit dormeur”, comment gérez-vous les modalités de la réduction de votre temps de sommeil sans devenir un zombie léthargique au cerveau embrumé ?

    Certains ont trouvé une méthode : le sommeil polyphasique. Alors que la plupart d’entre nous dormons selon un schéma monophasique (une période de 7 ou 8 heures d’affilée), les dormeurs polyphasiques coupent leur sommeil en plusieurs petites tranches tout au long de la journée. Nombre de schémas polyphasiques ont été conçus, dotés de noms exotiques tels que Uberman ou Dymaxion, le but ultime restant toujours identique : réduire le nombre d’heures de sommeil nécessaire. Certes, la question demeure : Est-ce réellement possible ?

  • Où en est la preuve ?


  • Malgré sa popularité, nous manquons cruellement à ce jour d’une véritable preuve scientifique concernant le sommeil polyphasique. Quelques sources quant au principe de base du sommeil polyphasique nous viennent de recherches historiques. L’historien Roger Ekirch soutenait qu’avant la Révolution Industrielle (et l’invention de la lumière artificielle), le schéma qui prévalait dans la civilisation occidentale était celui d’un sommeil biphasique, à savoir que l’on dormait en deux grosses tranches au lieu d’une seule période consolidée. Et tout comme la preuve historique apportée par Ekirch, le sommeil “segmenté” a également était examiné de manière approfondie par le biais d’analyses scientifiques.

  • Le sommeil humain est-il biphasique ?


  • Dans un article de recherche fondateur publié dans les années 1990, le psychiatre Thomas Wehr a mis au point une expérience permettant d’étudier ce qu’il adviendrait si des personnes étaient soumises à un cycle lumière/obscurité similaire au cycle naturel d’alternance jour/nuit durant l’hiver. Les participants pouvaient se promener dans des pièces éclairées ainsi qu’à l’extérieur 10 heures par jour. Toutefois, ils étaient obligés de rester dans une pièce totalement obscure durant les 14 heures restantes, n’ayant accès à aucune distraction ou sortie. Les résultats montrèrent que leurs périodes de sommeil étaient divisées en deux phases, avec un intervalle de réveil d’une à 3 heures selon les participants. Ceci nous amène à penser que les êtres humains, lorsqu’ils ne sont soumis à aucun éclairage artificiel, sont naturellement biphasiques. Cependant, cela n’aide en rien les personnes désireuses de réduire leur temps de sommeil. Dans l’expérience de Wehr, en effet, la durée réelle de sommeil s’est en fait allongée, passant de 7 heures 26 à 8 heures 36.

  • Mais qu’en est-il dans la vraie vie ?


  • Dans la réalité du monde, les êtres humains dorment rarement des nuits de 14 heures, même dans l’obscurité la plus complète. Toutefois, une étude plus récente réalisée en 2007 par Cambell & Murphy montre à quel point les individus ont tôt fait de basculer dans un schéma de sommeil biphasique, même lorsqu’ils ont accès à la lumière artificielle.



    Les participants étaient logés dans de petits appartements protégés de la lumière naturelle et autres signaux durant la journée. Après quelques jours passés dans ces conditions, les individus ont commencé à montrer des signes de sommeil biphasique de deux phases de plusieurs heures. Peut-être sont-ce simplement les nécessités de la vie moderne qui font que l’on dort en une seule longue phase ?

    Autrement dit, il semble que le sommeil biphasique soit possible, et potentiellement même “naturel”, bien que cela ne diminue pas forcément le temps de sommeil qui vous est nécessaire. Mais qu’en est-il des formes les plus extrêmes du sommeil polyphasique ?

  • Qu’en est-il alors du sommeil polyphasique ?


  • Il existe peu de littérature scientifique sur les schémas de sommeil extrême, peut-être pour des raisons éthiques. La plupart des preuves proviennent de sources telles que l’armée ou la NASA. Il est facile de saisir pourquoi les soldats ou les astronautes peuvent tirer des bénéfices de plages de sommeil plus flexibles et maintenir leur vigilance plus longtemps.

    Les astronautes de la NASA ont besoin d’être bien reposés pour opérer dans de tels environnements. Dans ces cas, il n’est pas attendu que les sujets dorment sur un schéma monophasique, le but étant de revigorer le plus possible les participants. En 1988 par exemple, Claudio Stampi a analysé les schémas de sommeil de 99 individus impliqués dans des courses océaniques de longues distances. Pour ces individus, une longue durée de sommeil est impossible puisqu’ils doivent être éveillés pour tenir la barre de leur bateau.

    Stampi découvrit que les marins s’adaptaient plutôt facilement à un schéma de siestes irrégulières polyphasiques. Cependant, les performances étaient corrélées négativement à la durée de chaque épisode de sommeil et au temps de sommeil total. Sur le fond, plus les marins dormaient, meilleures étaient leurs performances. Ce n’est pas la meilleure nouvelle pour les amateurs de schémas de sommeil polyphasique. Tentant de se baser sur des études similaires, le Professeur David Dinges, ayant effectué des recherches pour le compte de la NASA, a essayé de transformer l’art de la sieste en une science. Il déclare : « Vous devez délibérément décider quand vous allez faire la sieste, pour quelle durée et si vous allez caler votre sieste en fonction de votre travail ou activité ultérieure ».



    Dinges suggère que faire la sieste procure plus de bénéfices que ne pas la faire mais que celle-ci ne peut réparer le sommeil qu’à court terme. « Elles ne peuvent pas remplacer de bonnes nuits de sommeil réparatrices sur plusieurs jours » ajoute-t-il.

  • Pas encore de preuve réelle


  • Donc une fois que l’on met de côté les nombreuses anecdotes et les recherches non vérifiées par la communauté scientifique, nous sommes toujours dans le flou au niveau du sommeil polyphasique. Comme on peut le constater, aucune preuve scientifique empirique ne s’est attelée à évaluer les effets du sommeil polyphasique à intervalles irréguliers. Ce qui est surprenant si l’on en croit le nombre de publicités faite sur le sujet ces dernières années.

    Il existe quelques preuves que le sommeil biphasique pourrait fonctionner, mais n’espérez pas gagner de temps durant la journée. De même, pour ce qui est des schémas de sommeil extrême, tout ce que nous pouvons faire est d’essayer pour voir si cela fonctionne pour nous. Mais n’espérez pas pour l’instant pouvoir vous passer de vos 8 heures de roupillon. Comme si vous étiez un professionnel de la grande consommation, devenez un professionnel du sommeil.


Souvenez- vous

  • Bien dormir c'est la santé, accordez de l'importance à votre sommeil ne le négligez pas.
  • Achetez une bonne literie, faîtes de votre chambre un vrai hâvre de paix pour une détente optimale.
  • N'utilisez pas de lumière trop forte lorsque vous vous endormez et si possible évitez le bruit. Ou alors à la limite un bruit blanc très léger pour que l'endormissement vienne plus vite.
  • Bonnes nuits de sommeil !


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